Cet été aux Jeux Olympiques, vous avez pour la plupart découvert un phénomène de la course : un jamaïcain de 1′96m pour 86kgs. Un mec qui pète 3 records du Monde en deux semaines olympiques, oui forcément, ça attire les suspicions, ça fait jaser les mauvaises langues. A la limite il y a eu tellement de cas de dopage qu’on ne peut pas en vouloir aux fans de sports d’êtres dubitatifs. Mais on est pas là pour parler du vice. Avec ce petit portrait (2e de la série “Recordman” après El Guerrouj) agrementé de quelques vidéos (pas faciles à trouver avec NBC qui a bloqué les images des JO), retracez le parcours du phénomène… Et rendez-vous bien compte qu’il n’est pas arrivé du jour au lendemain.
Et les mauvaises langues vont dire : peut-être qu’il est pas dopé, mais en tout cas il se la pète, il est sans respect. Tant mieux s’il agace. Avec le style qu’il a, le lacet défait et la démarche de rastaman, il a fait pleurer les pitbulls américains habitués à rouler des épaules. Le 100m, c’est comme le championnats du Monde des poids Lourds, c’est de l’intox, le duel des costauds. Il faut de l’orgueil pour se transcender physiquement sur 10 secondes.
Usain Bolt ne sort pas de nulle part. Il sort de Jamaïque, terre de sprint. Il a acquis une grosse éducation athlétique comme la plupart de ses compatriotes, dès son jeune âge. L’athlé est pratiqué dans presque toutes les écoles. La clé de la réussite.
Il commence réellement l’athlé vers ses 11-12 ans, à l’école de Trelawny. A même pas 15 ans il sort déjà un 48′28 sur 400m. “Un talent fou” confie Jacques Piasenta à L’Equipe Mag en août dernier”sur lequel je n’ai aucune suscpicion”, continue-t-il. (Jacques Piasenta : ex-entraineur de Marie Jo Perec et auteur des grandes études de références sur l’athlé).
En 2002, il devient champion du monde junior à Kingston sur 200m : 20′61. Le “petit” Usain devient déjà une star dans son pays, là où l’athlé déchaîne les passions.
En 2003, il fait flamber le chrono : 16 ans et demi et 45′35 sur 400. Toujours à Kingston… de quoi asseoir sa médiatisation en Jamaïque. Avec un tel temps il serait 2e au bilan français 2008 senior derrière Leslie Djhone. Franchement hors norme. Cette même année il est encore sacré champion du monde des “youth” en 20′40 à Sherbroocke (Canada).
En 2004, il atteint le sommet de sa carrière jeune : premier des moins de 19 ans à passer sous la barre des 20sec. au 200m, à 17 ans et demi : 19′93 à Devonshire (Angleterre).
Mais il y a un contre-coup, quand on atteint les sommets si jeune. Usain Bolt est un être humain, ses danses et ses grands gestes à Pékin vous l’ont bien montré. Un contre-coup dû peut-être à sa nouvelle vie dans la ferveur de Kingston qui a fait tourner bien des têtes de nouveaux talents. Dû plus sûrement à des problèmes physiques liés à sa croissance. Difficile de suivre pour un grand gabarit encore gringalet. Rappelons que Bolt est né en 1986, aujourd’hui encore c’est un adolescent, ou un jeune adulte comme vous voulez.
Il est pris de problèmes aux ligaments croisés. Aux JO d’Athènes, arrivé en août, il perd en séries, loin de son meilleur chrono. Pour un champion né, il y a victoire ou défaite, comme pour un Hicham El Guerrouj, une place d’honneur ne suffit pas. On arrive pas au sommet sans exigences certainement.
A Helsinki en 2005, il lâche l’affaire en finale, année de victoire pour Gatlin (pris pour dopage depuis) qui réalise le doublé 100-200. Ses problèmes de ligaments l’ont bloqué. Il dans la dernière ligne droite et finit pour l’anecdote 8e en 26′ et des poussières… défaite.
En 2006, il effectue enfin une saison sans gros emmerdements physiques. 19′88 sur le 200m et une certaine régularité. Pas de grands championnats et de quoi se remettre. En, 2007, aux “Monde” d’Osaka il termine 2e sur le 200m derrière Tyson Gay, qui réalisait là le doublé 100-200m… défaite quand même. “L’année prochaine ce sera à mon tour” affirmait Bolt à l’époque. On ne l’écoutait même pas alors.
Il courrait son premier 100m la même année en 10′03… le premier temps officiel le plus rapide de l’histoire ! Ne manquait donc plus qu’à bien travailler sa mise en action avec son célèbre coach Jamaïcain Glen Mills, qui avait notemment amené le petit Kim Collins de Saint Kitts et Nevis au titre mondial à Paris en 2003 !
Et voilà ce que ça a donné en 2008. Pour une première saison sur 100m c’est du lourd ! Il ne lui manquait finalement que ça : le démarrage. Avec Bolt, le sprint a changé d’ère avec l’avènement des grands gabarits qui ont cette maîtrise de la foulée et cette fréquence nécessaire à une mise en action supersonique des sprinters. Une foulée gigantesque (2,40m de moyenne sur la finale et 2,70 à pleine vitesse : ça fait 8m en 3 pas) couplée à une mise en action presque aussi rapide que les plus petits gabarits.
Il paraît qu’un jour il est arrivé arrivé à l’entraînement, il est allé vers le sautoir et a passé 2m à la hauteur, comme ça, sans échauffement… Bref, Bolt a la qualité de pied, la fréquence, le démarrage, le relâchement, le mental, la décontraction, et une puissance musculaire et un physique hors norme pour un sprinter. Vivement qu’il monte sur 400m…
Avant d’arriver à Pékin, Bolt possédait déjà un record en 19′68 sur 200m (réalisé à Athenes en Juillet). Et il avait déjà le record du monde du 100m… obtenu en 9′72 en juin, à New-York, comme pour rigoler au nez des américains.
Bolt a galeré lui aussi pour en arriver là. Il est le plus grand talent né de l’athlé en matière de sprint, et les spécialistes le savent. Il est arrivé là où il devait arriver. C’est un showman, il fait le show. Les gens viennent voir ça non ?
Alors on a pas toutes les vidéos, mais en voici quelques unes pour retracer son parcours pro en vidéo :
Helsinki 2005 : finale du 200m, Bolt au couloir 1 derrière une armada américaine. Repris par la douleur…
Osaka 2007 : Demi finale des Championnats du monde : il termine 2e en contrôlant. Regardez la maîtrise, avec un coup d’oeil de chaque côté, déjà.
Osaka 2007 : Finale perdue face à Tyson Gay. Pour l’anecdote Gay a réalisé 9′68 en 2008 aux sélections olympiques américaines, mais le temps n’a pas été homologué pour cause de vent favorable supérieur à 2m/sec. Il était blessé à Pékin, alors ajoutez Asafa Powell et le combat promet d’être rude l’an prochain. A eux trois ils ont déjà les 12 meilleurs chronos de l’histoire (4 pour Bolt, 7 pour Powell, 1 pour Gay), un seul autre sprinter est descendu sous les 9′80 : Maurice Greene en 9′79. Il n’ya pas de légende sans adversaires de haut vol.
Janvier 2008 : Camperdown, meeting en Jamaïque en début de saison. Petit 400m en compagnie d’Asafa Powell qui craque complètement en fin de course. Ca se court en moins de 46″.
Juin : duel avec Tyson Gay à New-York. 9′72 et record du monde pour Bolt.
Juillet : 19′67 sur le 200m à Athenes, loin devant. Record perso du moment.
Et enfin pour être complet, un petit reportage, comme pour Hicham El Guerrouj, mais sur le sprint Jamaïcain signé France Télévisions. 5 minutes pour comprendre un peu la passion du sprint qui y règne, sur fond de reggae et de rastafari !
Posted under Coureurs
This post was written by lucas on novembre 16, 2008
